| CRISE, subst. fém. I.− [L'accent est mis sur l'idée de manifestation brusque et intense de certains phénomènes, marquant une rupture] A.− MÉD.Ensemble des phénomènes pathologiques se manifestant de façon brusque et intense, mais pendant une période limitée, et laissant prévoir un changement généralement décisif, en bien ou en mal, dans l'évolution d'une maladie. Il semble que cette paralysie soit la crise de cette maladie (Geoffroy, Méd. prat., 1800, p. 185). Dans le choléra, la température, qui était au-dessous de la normale, se relève au moment de la crise (Lar. méd. 1970) : 1. Il est dans les révolutions des mouvements contraires et des mouvements favorables à la liberté, comme il est dans les maladies des crises salutaires et des crises mortelles. Robespierre, Discours, Sur la guerre, t. 8, 1792, p. 86. − P. ext.Crise thermale. ,,Ensemble des réactions générales et locales résultant de l'action d'eaux minérales au cours d'une cure thermale`` (Kamen. 1972). Synon. choc thermal. − P. anal., DRAMAT.Nœud de l'action dramatique, caractérisé par un conflit intense entre les passions, qui doit conduire au dénouement. On imagine mal une pièce sans crise.Notre travail de dramaturge consiste à nouer une crise et à la dénouer (Cocteau, Foyer artistes, 1947, p. 158). B.− [Souvent avec un déterm. désignant un état, un comportement, un organe, etc.] Manifestation brusque et intense, de durée limitée (d'un état ou d'un comportement), pouvant entraîner des conséquences néfastes. Synon. (partiels) accès, attaque, poussée. 1. MÉD. et usuel. [En parlant d'un état morbide] Crise aiguë, crise cardiaque; crise d'appendicite, de foie; l'intervalle entre deux crises, sortir d'une crise.Une crise de sa maladie le retint pourtant une nuit à Épernay (Guéhenno, Jean-Jacques, 1952, p. 182). L'hyperpression dans les voies biliaires qui en résulte [d'un calcul] déclenche immédiatement une crise de colique hépatique (Quillet Méd. 1965, p. 146) : 2. ... le malade se mit à tousser. Ce ne fut rien d'abord, une petite crise; mais elle grandit, devint une quinte ininterrompue, puis une sorte de hoquet, un râle. Maupassant, Bel-Ami, 1885, p. 183. SYNT. Crise douloureuse, violente; crise appendiculaire, convulsive, dentaire, gastrique, hépatique, nerveuse; crise d'adhérences, d'angine de poitrine, de délire, de démence, de dépression, de douleur, d'étouffement(s), de goutte, de rhumatisme(s), d'urémie; crise d'estomac, de vésicule; apparition, fréquence des crises; au plus fort de la crise; avoir, subir une (des) crise(s); causer, déterminer une crise; la crise se calme, se déclenche, éclate, est passée. − Spéc.Crise de nerfs. ,,Expression populaire pour désigner des manifestations paroxystiques à caractères neuro-psychiatriques et comportant plus particulièrement des manifestations psychomotrices, et des troubles de la conscience et du comportement`` (Lafon 1969). Une terrible crise de nerfs; avoir, faire, piquer (fam.) une crise de nerfs.Le Chinois (...) secoué par la crise de nerfs (Malraux, Cond. hum., 1933, p. 407). ♦ P. métaph.Les tourmentes sont les crises de nerfs et les accès de délire de la mer (Hugo, Homme qui rit, t. 1, 1869, p. 71). Rem. La docum. atteste le dimin. crisette, subst. fém. J'avais cru que la crise de foie d'avant-hier était une crisette (Goncourt, Journal, 1895, p. 834). 2. P. ext. a) [En parlant d'une réaction émotionnelle, d'un sentiment] Crise de colère, de larmes; subir une crise d'abattement; piquer une crise de jalousie (fam.). Au milieu de cette crise de remords (Chateaubr., Natchez, 1826, p. 409). Le grand chameau et la petite rosse [les deux bonnes] se tordaient, pliées sur le bord de leur fenêtre, dans une crise de fou rire (Zola, Pot-Bouille, 1882, p. 385). Je vois venir une dure crise de noir (Colette, Vagab., 1910, p. 24) : 3. ... je cesse, peu à peu, de croire en l'humanité. Elle m'en a imposé fort longtemps avec ses discours, ses lois, ses livres, mais je commence à la voir sous son vrai jour, qui est triste, car c'est une vieille folle dont les crises de férocité alternent avec des sourires. Green, Journal, 1943, p. 33. SYNT. Crise d'attendrissement, de découragement, de dégoût de soi, de désespoir, de désolation, de fureur, de neurasthénie, de pessimisme, de rage, de sanglots, de timidité, de tristesse. ♦ Fam.Piquer une/sa crise. Se mettre en colère. Elle piquait une crise chaque fois qu'elle lisait un écho sur Robert (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 163). b) Enthousiasme subit, passion brusque, généralement temporaire, pour (une idée, une conception, un type d'action, un comportement). Crise d'ascétisme, d'ivrognerie, de patriotisme, de travail; travailler par crises.Ses accès de sentiment et ses crises de chauvinisme (Huysmans, Là-bas, t. 1, 1891, p. 31). Il [Maurice] était en train de faire une crise aiguë d'antimilitarisme (Aymé, Bœuf cland., 1939, p. 127). Tu dois être en train de traverser une jolie crise de snobisme (Proust, J. filles en fleurs, 1918, p. 740) : 4. Notre dreyfusisme était une religion... une poussée religieuse, une crise religieuse... Péguy, Notre jeunesse, 1910, p. 113. II.− [L'accent est mis sur l'idée de trouble, de difficulté] Situation de trouble, due à une rupture d'équilibre et dont l'issue est déterminante pour l'individu ou la société et, p. méton., période ainsi caractérisée. Synon. (partiels) bouleversement, ébranlement, malaise, perturbation. A.− [Dans la vie de l'individu] Situation de trouble (et, p. méton., période ainsi caractérisée) lorsque l'individu est confronté à des problèmes d'ordre physiologique et/ou psychologique. Crise affective, intellectuelle, mystique; crise de la trentaine; heures, jours, moments de crise; traverser une crise.Cette grande crise morale changea la nature du sentiment qui unissait Julien à sa maîtresse (Stendhal, Rouge et Noir, 1830, p. 117). Dans les diverses crises de ma vie (Reybaud, J. Paturot, 1842, p. 393). Dans un âge de crise, physique et morale, autour de la cinquantaine (Rolland, Beeth., t. 2, 1928, p. 413) : 5. ... dans un organisme comme le nôtre, des crises telles que la puberté ou la ménopause, qui entraînent la transformation complète de l'individu, sont tout à fait comparables aux changements qui s'accomplissent au cours de la vie larvaire ou embryonnaire; ... Bergson, L'Évolution créatrice, 1907, p. 18. − Spéc., PSYCHOL. (de l'enfant).Moment critique, à répercussions physiologiques et psychologiques importantes dans le développement d'un enfant. Crise de 3 ans.La phase prépubertaire suscite une nouvelle crise d'opposition (Mounier, Traité caract., 1946, p. 540) : 6. Quand Maurice Debesse étudie la « structure de la crise [d'originalité juvénile] », (...) et la rapporte à la formation de la personnalité, il met en avant les facteurs de « discordance organique » et de « désadaptation sociale » à la source de l'affirmation exaltée du moi qui caractérise la crise. Il distingue cette crise des constitutions pathologiques par son pouvoir, entre autres traits, de préparer un nouvel ajustement au réel et au milieu social. Ricœur, Philos. de la volonté, 1949, p. 403. B.− [Dans la vie de la société] 1. En gén.Situation de trouble profond dans laquelle se trouve la société ou un groupe social et laissant craindre ou espérer un changement profond; p. méton., période ainsi caractérisée. Crise morale, des mœurs; crise de la civilisation, des sociétés modernes; issue d'une crise; pressentir une crise; entrer dans une période de crise.Marquer les grandes crises du développement de la société moderne (Guizot, Hist. civilisation, 1828, p. 42). Aux jours de crises et de révolutions (Musset, Lettres Dupuis Cotonet, 1836, p. 599). Il a bien servi la patrie dans la plus grande crise de son histoire (De Gaulle, Mém. guerre, 1954, p. 536) : 7. Pour M. Ferrero, la grande crise du troisième siècle consiste dans une tentative désespérée des empereurs vers un principe d'autorité. Bloch, Destin du Siècle, 1931, p. 209. ♦ Crise universitaire.Les événements de mai 1968 en France ont donné à la crise universitaire qui est générale dans les sociétés industrielles, un aspect spectaculaire grâce à quoi désormais elle peut prétendre à une place dans les journaux et à la préoccupation des « personnes responsables » (Pédag. 1972). 2. En partic. a) Domaine écon. et fin.Dans un cycle économique, dysfonctionnement, souvent caractérisé par la surproduction ou la dépression, le chômage et, en économie capitaliste, un effondrement des cours boursiers. Crise agricole, commerciale, économique, financière; de mévente, de surproduction.Depuis quelques années, l'industrie était prospère. Une crise éclata (Maurois, Disraëli, 1927, p. 310). C'est dans un climat d'euphorie qu'éclate le 24 octobre par un effondrement boursier à Wall-Street la crise de 1929 (Sournia 1973) : 8. La Compagnie, sous le prétexte du dérangement causé par la paie, avait encore, ce jour-là, suspendu l'extraction, dans toutes ses fosses. Saisie de panique devant la crise industrielle qui s'aggravait, ne voulant pas augmenter son stock déjà lourd, elle profitait des moindres prétextes pour forcer ses dix mille ouvriers au chômage. Zola, Germinal, 1885, p. 1282. − Spéc.Difficultés économiques dans un secteur particulier consistant en une sous-production ou une diminution importante d'activité. Crise du papier, du tourisme; résoudre la crise des autoroutes.Non sans avoir trouvé, auparavant, en pleine crise du logement un appartement de trois pièces (Camus, Exil et Roy., 1957, p. 1630). Cf. débâcle ex. 6. b) Domaine pol.Situation troublée caractérisée par des transformations plus ou moins violentes (des régimes, de l'équilibre du pouvoir, des États). Crise diplomatique, gouvernementale, intérieure, internationale, russo-polonaise.La seconde crise des monarchies européennes (Staël, Consid. Révol. fr., t. 1, 1817, p. 14). L'affaire de la banque de Chine ayant encore failli provoquer une crise de régime (Blanche, Modèles, 1928, p. 75). Nous sommes assez inquiets quant au sort du cabinet, (...). Psychose de crise (Druon, Gdes fam., t. 1, 1948, pp. 182-183) : 9. Nous avons des amis à la Chambre ... Ils n'ont pas pu nous donner seulement une bonne petite crise ministérielle compliquée d'une bonne petite crise présidentielle. A. France, M. Bergeret à Paris, 1901, p. 348. c) Domaine de la vie culturelle, intellectuelle.Situation où les principes sur lesquels repose une activité sont remis en cause. Crise de la physique, de la poésie, des fondements des mathématiques, du roman.La crise du théâtre d'aujourd'hui n'est pas mortelle puisque toutes les élites s'empressent à faire plus rayonnant le théâtre de demain (Arts et litt., 1936, p. 8807) : 10. La liberté que l'auteur concède (...) de lire à haute voix le coup de dés ne doit pas être mal entendue : elle ne vaut que pour un lecteur déjà familiarisé avec le texte, et qui, les yeux sur le bel album d'imagerie abstraite, peut enfin de sa propre voix, animer ce spectacle idéographique d'une crise ou aventure intellectuelle. Valéry, Variété II, 1929, p. 182. Prononc. et Orth. : [kʀi:z]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. xive s. [éd. 1495] crisim méd. (B. de Gordon, Pratique, II, 25 ds Gdf.); 1478 méd. (N. Panis, trad. de la Grande Chirurgie de G. de Chauliac, f. 34 ds Sigurs, p. 336); 2. p. ext. av. 1685 « accès psychologique à manifestations violentes » crises de passions (Guilleragues à Racine, Lettres de Racine, 6e recueil ds Littré); 1825 crise de nerfs (Brillat-Sav., Physiol. goût, p. 303); 3. p. anal. 1690 (Fur. : Crise, se dit figurément en choses morales. Cette intrigue est dans sa crise [...] ce procès est dans sa crise); 1762 « phase grave dans l'évolution des choses » (J.-J. Rousseau, Émile, III ds Littré : Nous approchons de l'état de crise et du siècle des révolutions); 1814 crise politique (Jouy, Hermite, t. 5, p. 182); 1823 crise financière (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, p. 186); 1837 crises commerciales (Balzac, C. Birotteau, p. 257). Empr. au lat. impérial crisis [acc. crisin d'où fr. crisin] « phase grave d'une maladie » (gr. κρίσις de même sens). Fréq. abs. littér. : 3 741. Fréq. rel. littér. : xixe s. : a) 2 636, b) 3 492; xxe s. : a) 7 619, b) 7 206. in: Trésor de la Langue Française/ ATILF - CNRS/Nancy-Université | | RISQUE, subst. masc. I. − [Le risque est subi] A. − Danger éventuel, plus ou moins prévisible, inhérent à une situation ou à une activité. Risque objectif, subjectif; comporter des risques; explorer le risque; tenir compte des risques; les risques du métier. Un rebord (...) m'offrit une banquette, d'où je pus à mon aise et sans risque jouir d'un spectacle vraiment neuf (Dusaulx, Voy. Barège, t. 1, 1796, p. 223): 1. Mais la qualification essentielle du risque nucléaire résulte de la distinction qui s'impose entre le camp qui tire le premier et celui qui riposte: celui qui tire le premier a tous les avantages (...): il choisit son moment (...); celui qui riposte au contraire à été surpris (...). Il y a donc une dissymétrie importante entre l'attaque et la riposte. Beaufre, Dissuasion et strat., 1964, p. 35. − Expr., vieilli ou littér.À tout risque. À tout hasard, en s'exposant à tous les accidents possibles. Expérimenter à tout risque, avec sa terre et ses capitaux, comme un médecin essaye des médicaments sur sa santé (Fromentin, Dominique, 1863, p. 21). Pour ne pas se perdre, elle n'imaginait rien d'autre que descendre à tout risque jusqu'au village, pour y reprendre la route déjà parcourue jadis (Bernanos, Mauv. rêve, 1948, p. 1024). B. − Spécialement 1. DR.,,Éventualité d'un événement futur, incertain ou d'un terme indéterminé, ne dépendant pas exclusivement de la volonté des parties et pouvant causer la perte d'un objet ou tout autre dommage`` (Cap. 1936). Assurance tous risques. Toutefois n'entrent pas en compte dans le calcul de la rémunération: l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement, les prestations familiales, les indemnités représentatives de frais qui correspondent à des dépenses réelles, les indemnités pour risques corporels (Encyclop. éduc., 1960, p. 304). Le parlement fut saisi, cette année-là, d'un projet sur les assurances sociales contre les risques de maladie, invalidité, vieillesse, décès et charges de familles (Debatisse, Révol. silenc., 1963, p. 166). ♦ Risque de (+ subst. désignant l'événement contre la survenance duquel on s'assure). Risque de décès, de gel, de grêle, d'inondation. L'assurance des navires est dite assurance « sur corps ». Elle couvre les risques de naufrage, d'échouement, d'incendie (M. Benoist, Pettier, Transp. mar., 1961, p. 171). a) DR. ADMIN.Responsabilité pour risque. ,,Elle est encourue par l'administration en dehors d'une faute de sa part`` (Favr.-Vettr. 1981). b) DR. CIVIL ♦ Théorie du risque. ,,Système portant la responsabilité civile sur le fait que celui qui tire un avantage matériel ou moral d'une activité doit en supporter les conséquences dommageables pour les tiers`` (Jur. 1981). ♦ Risque catastrophique. ,,Dommage qui, en assurance-vie, résulte de calamités naturelles, tremblement de terre, raz-de-marée`` (Barr. 1967). ♦ Risque locatif. ,,Conséquence pécuniaire de la responsabilité que l'assuré peut encourir en sa qualité de locataire à l'égard de son bailleur`` (Barr. 1967). ♦ Risque politique. ,,Risque susceptible d'être garanti par l'assurance-crédit et résultant d'événements politiques ou sociaux`` (Barr. 1967). ♦ Risque professionnel ou du travail. ,,Fondement de la législation qui met à la charge du patron la réparation des accidents`` (Barr. 1967). ♦ Risque social. ,,Mise à la charge de la collectivité de la réparation du préjudice subi par une personne`` (Barr. 1967). Il y a risque social lorsque les personnes ne peuvent pas, à moins d'une chance exceptionnelle faire face à des aléas normaux de l'existence, quoi qu'il en soit de leur situation personnelle, du simple fait qu'ils appartiennent à une catégorie sociale dont tous les membres sont dans la même situation (R. de l'action pop., 1957, no 106, p. 319). c) DR. COMM. ♦ Risque de mer ou de transport maritime. ,,Incident ou accident pouvant survenir au cours d'un voyage maritime et affectant les marchandises ou le navire`` (Barr. 1967). Un très puissant organisme spécialisé comme le Lloyd's intervient d'une façon prépondérante pour couvrir l'ensemble des risques inhérents aux transports maritimes (M. Benoist, Pettier, Transp. mar., 1961, p. 12). ♦ Risque bancaire. ,,Risque encouru par le banquier qui consent un crédit à un client`` (Gestion fin. 1979). ♦ Risques de change. ,,Risques financiers liés aux fluctuations monétaires, dévaluations ou flottaisons, et qui peuvent dissuader un industriel d'investir à l'étranger`` (cida 1973). 2. MÉD.Risque dominant. ,,Le risque dominant est celui qui commande par sa nature l'importance des conséquences pour une famille déterminée (détention, alcoolisme, tuberculose, etc.)`` (Informations soc., 1958, n o 2, p. 9). − Expr.À risque ♦ Enfant à risque élevé. Enfant né dans de mauvaises conditions et pouvant faire l'objet de soins spéciaux et de surveillance dans une unité médicale spéciale (d'apr. Lafon 1969). ♦ Grossesse à risque. Grossesse dont le déroulement comporte un danger (d'apr. Lafon 1969). ♦ Individu, groupe à risque, à haut risque. Individu ou groupe qui présente une possibilité de maladie, d'accident ou de morbidité statistiquement plus élevé que pour la moyenne de la population, du fait de facteurs congénitaux (d'apr. Méd. Flamm. 1975). ♦ Facteur de risque. ,,Attribut ou caractéristique physiologique ou pathologique entraînant un risque plus élevé, pour l'individu chez lequel on le détecte, d'être frappé par telle ou telle affection`` (Méd. Flamm. 1975). La consommation excessive de cigarettes est un facteur de risques vis-à-vis du cancer du poumon (Méd. Flamm. 1975). ♦ Indicateur de risque. Critère ,,utilisé dans le dépistage des sujets ou groupes à risque élevé, et qui n'est pas forcément lié à l'affection par des liens de causalité, du moins dans l'état actuel de nos connaissances`` (Méd. Flamm. 1975). II. − [Le risque est affronté] Possibilité hasardeuse d'encourir un mal, avec l'espoir d'obtenir un bien. Risque financier; risque du jeu; accepter le risque. Andermatt avait dû lui représenter alors [au père Oriol] que les risques doivent être proportionnels aux gains possibles, et le terroriser par la peur de la perte (Maupass., Mt-Oriol, 1887, p. 124). Le risque, la lutte avec le hasard, l'appel à la chance (je crois qu'il [Lamartine] aurait dit la sollicitation de Dieu), bref, l'obéissance à son inspiration, voilà le secret profond de son être, voilà son démon intérieur que nul traitement ne peut dompter (Barrès, Maîtres, 1923, p. 226). − Expressions ♦ Avoir le goût du risque. Cédé ma chaire au père Monéry. Il a bien parlé, en anglais, montrant les souffrances des jeunes Français sous l'occupation, mais soulignant ce que les meilleurs d'entre eux y ont gagné: un goût du risque et de l'aventure (...) une volonté plus ferme (Maurois, Journal, 1946, p. 155). ♦ À ses risques et périls. V. péril I A 1 a. ♦ Courir un risque, le risque de + subst. ou inf. S'exposer à un danger pour parvenir à un résultat. Courir le risque d'un échec; courir le risque de perdre. « Il faut huit jours ». Le survivant des massacres admet qu'on s'en tirerait en un jour et ajoute: « Vous verrez bien. C'est un risque à courir » (Barrès, Cahiers, t. 11, 1914, p. 50): 2. Il est vraisemblable qu'un nombre de joueurs plus ou moins important jouent tout en ayant une connaissance objective des probabilités (...). Cela peut s'expliquer d'abord par le goût du vertige: l'intérêt de la partie, l'émotion développée par le jeu représente un moteur psychologique additionnel qui justifie le risque couru... Jeux et sports, 1967, p. 350. ♦ Prendre un risque, le risque de + subst. ou inf. S'exposer volontairement à un danger pour parvenir à un résultat. C'est pourquoi, prenant le risque, j'encourageais le soulèvement, sans rejeter aucune des influences qui étaient propres à le provoquer (De Gaulle, Mém. guerre, 1956, p. 292).
En partic. [Dans le domaine de la compétition sportive] Prendre des risques. S'exposer sans hésiter au danger pour obtenir la victoire. Je considère ça comme très dangereux (...). Des risques, je veux bien en prendre pour gagner, pas pour terminer 25e (L'Est Républicain, Sports, 8 janv. 1990, p. 1, col. 1).− Loc.Au risque de + inf. En s'exposant à. Puis ce premier étourdissement, cette première prostration dissipés, elle voulut parler, appeler au secours, s'élancer hors du coupé au risque de se tuer (Ponson du Terr., Rocambole, t. 1, 1859, p. 463). Prononc. et Orth.: [ʀisk]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1578 fém. « danger, inconvénient plus ou moins prévisible » (H. Estienne, Deux dialogues du nouveau lang. fr., éd. P.-M. Smith, p. 145); 1663 masc. (Molière, L'Impromptu de Versailles, III, éd. R. Bray, p. 363: Ton argent court grand risque); 1690 jur. (Fur.: Un dépositaire ne court point de risque, il n'est point tenu de la perte de la chose déposée: l'emprunteur est au contraire); 1694 loc. au risque de (Ac.). Empr. à l'a. ital. risco « risque », att. du xive au xviie s. (d'apr. DEI), ital. mod. rischio (dep. ca 1260, Guittone da Bologna ds Cor.-Pasc., s.v. riesgo), issu, comme l'a. prov. resegue « risque encouru par une marchandise sur mer » (dep. 1300, v. Wartburg ds R. Ling. rom. t. 24, pp. 288-289), le cat. reec (dep. xiiie s.), l'esp. riesgo (dep. ca 1300), d'un lat. *rĕsĕcum (cf. lat. médiév. resicu dans le Picenum, 1193 ds Cor.-Pasc.; resegum à Marseille, 1200 ds Fagniez t. 1, p. 111; risecum à Bologne, 1250-67 ds Du Cange), dér. de rĕsĕcare « couper ». À partir de *resecum « ce qui coupe » est né le sens « rocher escarpé », conservé dans l'esp. risco, d'où « écueil », puis « risque encouru par une marchandise transportée par bateau » (sens bien att. en lat. médiév., v. Du Cange). Le -i de la forme ital. s'explique prob. par l'infl. du verbe resecare qui a pu donner en Toscane ris(i)care, rischiare (cf. Rohlfs, § 49). Le gr. byz. ῥιζικόν « hasard » (EWFS2; Kahane Byzanz, 378) n'explique pas le -e du lat. médiév., de l'a. prov., du cat., de l'esp. et des dial. de l'Italie du Nord. Voir Cor.-Pasc. et FEW t. 10, pp. 292-293. Fréq. abs. littér.: 2 121. Fréq. rel. littér.: xixe s.: a) 1 734, b) 1 532; xxe s.: a) 2 304, b) 5 334. Bbg. Ciureanu (P.). Parole commerciali francesi di origine italiana. Bolletino dell' Istituto di lingue estere. 1951/52, t. 2, pp. 89-92. − Hope 1971, p. 220. − Quem. DDL t. 7, 21. in : Trésor de la Langue Française/ ATILF - CNRS/Nancy-Université | |